jeudi 2 avril 2015

Renée, en elle

Renée, en elle est paru en février 2015 aux éditions Henry

Renée, mon aïeule. Devrais-je lui dire que je l'aime ou est-ce autre chose? Elle m'attire, m'empêche de dormir. Je la sens, chaque nuit, passer son souffle sur mon corps. Elle reste, plus ou moins longtemps, à me regarder, à m'effleurer, puis elle finit par pleurer. Ses plaintes, tantôt murmures, tantôt minces sanglots, s'immiscent entre mes lèvres. Souvent, j'entends l'orage, la tempête se déchaîner avec éclairs, tonnerre, pluie battante, torrents,boue et sang.

Un entretien avec Christophe Jubien, suivi de quelques extraits sur la radio Grand Ciel

Ils en parlent...

Michel Baglin dans la revue Texture

Angèle Paoli sur Terres de femmes

Marie-Josée Desvignes sur le site Recours au poème

Philippe Maltaverne sur le blog Chronique ta malle

Lionel Clément sur le site L'ivre de lire

Sabine Huynh dans Lus un jour, aimés pour toujours, Terre à Ciel

Valérie Canat de Chizy dans Lus et approuvés, Terre à Ciel

Sabine Faumeyer sur son blog

Hervé Martin sur Incertain Regard

Isabelle Bonat-Luciani sur son blog

Sanda Voïca dans Paysages Ecrits

Aoulia dans Le Carnet d'Aoulia

Philippe Leuckx pour la revue Phoenix de mars 2015
Cécile Guivarch, revuiste (le beau site TERRE A CIEL) et poète (un beau livret à l’Arbre à paroles, « Un petit peu d’herbes et des bruits d’amour »), consigne ici, dans ce récit vraiment poignant une recherche et une ferveur. Dans sa volonté d’étreindre ses racines familiales et féminines, l’auteur a entrepris une quête généalogique pour retrouver cette aïeule bretonne, qui a vécu dans les années 1816, et dont elle restitue proprement voix, usages, vie. Qui était « la mère du père de l’arrière-grand-père de mon père », détaille-t-elle, page 44.
D’avoir renoué ainsi avec ses origines lui donne de véritables ailes romanesques pour conter l’irracontable d’une condition : l’ancêtre lui est proche comme une présence dans une chambre et elle lui parle. L’apostrophe « Renée » prend en elle ampleur et nécessité, écriture et densité ; elle rédige dès lors un triple récit qui juxtapose l’histoire, le témoignage en « je » de l’ancêtre et les réflexions en « je » de la bénéficiaire, en bout de ligne, d’une mémoire. Ce point de vue démultiplié nuance encore plus le parcours atypique d’une voix dont plus personne ne parlerait. Il y a ainsi, chez Guivarch, une volonté de s’ancrer dans une « tradition » littéraire des voix perdues et qu’il faut, coûte que coûte, sauver de l’oubli : il y a là de la Sylvestre (« Voix de mes aïeules », de l’Ernaux (« L’autre fille »), de l’Assia Djebar (« Ces voix (féminines, j’ajoute) qui m’assiègent »). On pourrait avoir plus médiocres « liaisons » littéraires.
La vie de Renée ressemble à un grand cimetière, d’enfants qui n’ont pas passé le bas âge, de morts qui rôdent. Et pourtant, elle en a conservé des vivants. Son univers ? « Son enfance a été entourée de champs ». « Sa maison…comprenait une unique pièce d’habitation ».
Le portrait parcellaire, s’enrichit et l’écrivain d’aujourd’hui, en dépit de ses recherches, consigne : « Ce qu’il y a avec Renée, c’est qu’elle me vient toute en morceaux, tessons de mosaïques », tout en précisant qu’elle « s’évertue à redonner à Renée, de vraies couleurs ».
Couleurs de l’émoi, du sentiment filial profond et contenu : quelle sobriété, quelle économie de moyens pour dire cet effarant amour pour l’anonyme figure chérie ! La jeune femme de 2015 rameute les pauvres faits et gestes d’alors : la misère, le froid, les fêtes menues, les codes…
Le texte, complexe toutefois par sa richesse, par l’emploi de diverses voix qui le trament, rend vive la reconnaissance d’un passé qui semble lointain, et très proche par le c(h)oeur des choses qui se nouent, s’énoncent : il y a le « je » de l’énonciation fictive et poétique (« Parfois, quand je regarde par la fenêtre, quelque chose se passe. Je ne saurai le définir ») ; il y a la voix d’outre-tombe (« Je suis morte contre un mur de pierre …j’ai crié pour leur demander pardon ») ; il y a l’histoire qui s’impose, quasi factuelle, quasi ignorante (« Tout le monde a fait comme si Renée n’avait jamais existé »). On sort de cette lecture d’un livre qu’on voudrait garder comme « notre livre de chevet des enfances enfouies » (petit vers qui me vient comme ça), tant il nous noue la gorge, nous la serre jusqu’à devoir affronter les sans-voix d’hier que l’on brisait, à coups de violence et d’ingratitude sociales. Les « pauvres gens » dont parlait Ferré, oubliées de l’histoire, des familles, qu’une voix poétique d’aujourd’hui ressuscite avec grâce et émotion.
Un miracle de petit livre.
Inoubliable.

Jacmo, in Décharge, n°166

Christian Degoutte in la revue Verso

à « Ce qu’il y a avec Renée, c’est qu’elle me vient toute en morceaux…Je les assemble et tente de les harmoniser. Je m’évertue à redonner à Renée de vraies couleurs» in RENEE, EN ELLE. Cécile Guivarch, dans ce nouveau livre, comme elle l’a fait pour ses parents d’Espagne, poursuit l’autobiographie de son passé (si je peux dire) pour connaître l’authenticité de son être présent. C’est vraiment une des originalités de Cécile Guivarch que de mêler, dans son récit, l’enquête, quasi policière, qu’elle mène sur les traces de son ancêtre, la vie reconstituée de cette ancêtre et la sienne. D’exprimer dans sa vie d’aujourd’hui les souffrances, les espérances de cette femme qui, parmi d’autres, a fait son sang « Renée, cette nuit je l’ai prise dans mes bras, elle sanglotait comme un petit enfant, blottie contre moi. J’ai essuyé ses larmes… ». Renée est une de ses branches bretonnes « je ne comprends pas sa langue ». Renée est morte à Quimper en 1817. « Renée est née parmi les morts. » à une époque où tant d’enfants meurent si près de leur naissance. « Certaines de ses filles, certains de ses garçons sont morts en grandissant, emportés par la maladie, le froid, la faim ou un accident malencontreux. J’entends parfois dans mes rêves l’un d’eux crier au fond d’un puits, presque un adolescent, peut-être le premier Jean, remplacé par un second du même prénom. Puis ce sont poursuivies les naissances jusqu’à ce que l’on m’enfante, moi aussi ». Un livre passionnant, par son côté enquête (voyez comme je suis habile, je ne vous en ai rien dit du « romanesque » de la vie de Renée). Un livre poignant par la précision de la vie reconstituée de Renée, les aspects terribles de la condition fémmine. Un livre émouvant par la netteté des sentiments, des troubles exprimés par Cécile Guivarch.

RENEE, EN ELLE (60 p, 10 € - éd Henry Parc d’Activités de Campigneulles 62180 Montreuil-sur-Mer www.editionshenry.com )

Estelle Fenzy in la revue Europe;


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